Les couleurs : PERS, PERSE (bleu, violet, noir)

PERS, PERSE
Adjectif issu (1080) du latin médiéval
persus “de couleur jacinthe ; bleu foncé” (VIIIe siècle, Gloses de Reicheneau). Persus serait dérivé de Persia “la Perse” ; en effet, au témoignage de Pline, on utilisait des cocons importés d’Assyrie dans la fabrication des bombyx, mot désignant à la fois les vers à soie et, par métonymie, des vêtements de soie. On suppose que l’on a appelé persae vestes “vêtements de soie de Perse” ces vêtements de soie et, si certains étaient teints en bleu foncé, l’adjectif “persea” (d’où un masculin “persus” ) a très bien pu, par spécialisation, en venir à désigner cette couleur.
Le mot est passé en français pour qualifier un bleu tirant sur le violet, et en particulier un visage livide. Il a aussi servi, en ancien français, à désigner une nuance de sentiment. L’imprécision de la nuance de couleur explique qu’on l’ait pris pour un bleu de diverses nuances ; tantôt bleu foncé tirant sur le noir, tantôt bleu azuré, en particulier dans les parlers régionaux où il correspond même à “bruni, noirci” (à Saint-Pol). Critiqué par Malherbe au XVIIème siècle, le mot s’est cependant maintenu pour une couleur à dominante bleu (1669) surtout des yeux bleus nuancés, à reflets, notamment dans le cliché poétique
la déesse aux yeux pers, en parlant d’Athéna. Par méthonymie, il a servi à désigner un fil à marquer, dit fil pers (1669-1771), et une étoffe bleu foncé (XIIIe s. et jusqu’au moyen français ; repris depuis 1730). Il ne survit guère qu’en parlant des yeux. Ses dérivés se sont éteints.

modigliani
Modigliani - la fille aux yeux pers